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CRISP-R/Cas 9 : les bactéries à l’aide de la révolution génétique

Inventé en 2012 par les chercheuses Emmanuelle Charpentier (France) et Jennifer Doudna (USA) grâce à la découverte en 1987 de séquences d’ADN répétitives (CRISP-R ou Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) dans le génome d’E.Coli, CRISP-R/Cas 9 promet de révolutionner la génétique humaine. Le principe paraît simple : synthétiser un ARN complémentaire de la région d’ADN cible (ARN guide) et le coupler à la protéine Cas9 qui agit comme un ciseau à ADN. Publiée dans Science en 2014 [1], cette découverte révolutionnaire suscite alors un engouement général et promet de pouvoir « guérir » les maladies génétiques en modifiant directement l’ADN. En pratique, la route est encore longue… Même si CRISP-R/Cas9 ne permet pas encore de réparer les mutations pathogènes chez l’homme, elle constitue déjà une aide dans l’étude de ces dernières. CRISP-R/Cas9 surpasse les tests fonctionnels réalisés in vitro (western blot, essai luciférase…) dans l’étude de la pathogénicité de variations génétiques, en permettant de créer des modèles murins possédant la variation à analyser. C’est par exemple ce qui a été réalisé pour l’étude du variant p.H230L d’OTX2. La première mutation perte de fonction d’OTX2 (p.R90S) a été décrite chez un patient présentant un déficit en GH associé à une anophtalmie [2]. D’autres mutations pathogènes d’OTX2 ont été rapportées par la suite. La pathogénicité du variant p.H230L, rapporté chez un sujet présentant un déficit en GH avec hypoplasie de l’antéhypophyse, posthypophyse ectopique, interruption de la tige pituitaire et anophtalmie, étant incertaine, un modèle murin porteur du variant a été généré grâce à la technologie CRISP-R/Cas9. Le modèle murin n’ayant aucune conséquence phénotypique liée à ce variant, l’implication d’OTX2 chez ce patient a été réfutée. Cependant, des progrès sont encore nécessaires pour pouvoir généraliser ce type d’étude : lors de cette étude, parmi les 93 souris générées à l’aide de CRISP-R/Cas9, une seule était porteuse du variant p.H230L… Affaire à suivre !

Mots clés : CRISP-R/Cas 9, variations génomiques, OTX2

Impact sur la pratique clinique : non

Références 

[1] Doudna JA, Charpentier E. Genome editing. The new frontier of genome engineering with CRISPR-Cas9. Science. 2014 ; 28;346,6213:1258096.

[2] Ashkenazi-Hoffnung L, Lebenthal Y, Wyatt AW, Ragge NK, Dateki S, Fukami M, et al. A novel loss-of-function mutation in OTX2 in a patient with anophthalmia and isolated growth hormone deficiency. Hum Genet.2010;127,6:721-9.

Références

Date de la session : 28 Septembre 2018
Type de session : Novel advances 1
Titre de la session : The relevance of genomic engineering – to include CRISP-R.
Titre original de la session : The clinical relevance of metabolomics ; genomic engineering – CRISP-R/Cas 9 and its many applications
D’après la communication de Sally Camper (USA)

Auteur de la brève

Dr Aurélie PHAM

Service de néonatologie, Hôpital Trousseau Paris